"Quand tu ne sais plus où tu vas, retourne toi et regarde d'où tu viens"
-Proverbe africain
Drôle comme le temps peut être flexible. Il me semble qu’hier, j’écrivais mon léger découragement face aux 45 jours restant à mon séjour en terre de la Teranga, et qu’aujourd’hui, il ne me reste qu’un peu plus de 2 semaines! C’est honnêtement l’été qui a passé le plus rapidement de mon existence. Oui, cela n’a pas toujours été facile ou simple, mais je pense que le fait d’être perpétuellement en train de découvrir (que ce soit par mes papilles gustatives goûtant le thieboudienne ou le yassa poulet, les délires olfactifs offerts par les rues d’Amitié 2, mon quartier, ou bien la chaleur et l’hospitalité de ma terre d’accueil) y est pour quelque chose. Un clash des cultures aussi intense était une première pour moi, et j’ai pris beaucoup de plaisir à m’adapter ce pays, et ce mode de vie, aussi attachant. Les gérants du dépanneur du coin qui veulent te sortir de ta très mince (tutti rek – un peu seulement) connaissance du wolof, les gardiens qui te saluent et te demandent comment vont la santé et la famille quand tu passes devant eux à tous les jours, les collègues de travail qui dansent de joie de te voir rentrer travailler habillée avec du wax africain ou un boubou sénégalais, les amies qui t’accueillent chez elles, cuisinent avec leur maman ton plat sénégalais préféré et te traitent comme une sœur, les filles qui viennent faire le ménage qui discutent avec toi en anglais avec leur joli accent gambien, la propriétaire de ton logement, qui de loin peu sembler très autoritaire mais qui, dans les faits, est un vraie mama sénégalaise très prévoyante (quand on rentre de week-end, on a toujours un bon plat sénégalais qui nous attend sur la table, parce qu’elle sait qu’on n’aurait pas envie de cuisiner!)…. Toutes ces douceurs ont fait en sorte que je me suis adaptée tranquillement et avec beaucoup de plaisir. Teranga veut dire hospitalité, et c’est la devise et la fierté des sénégalais. On nous dit dès qu’on arrive : Bienvenue sur la terre de la Teranga. On ne comprend pas tout de suite, jusqu’à ce qu’on soit complètement immergés dans la merveilleuse hospitalité des sénégalais.
Comme je le disais plus tôt, ce n’est pas toujours facile d’être expatrié. Je lisais ce matin qu ‘« il y a des musiques, des chants, des plats qui vous rappellent soudain votre condition d’exilé, soit parce qu’ils sont trop proches de vos origines, soit parce qu’ils en sont trop éloignés » (Fatou Diome, Le ventre de l’Atlantique). Aussi délectable que ce soit de découvrir une nouvelle culture, ça rend parfois aussi très nostalgique de notre lieu de naissance. Ciel, on dirait que je suis une poète africaine maintenant, ça paraît que je lis beaucoup de littérature africaine hahahaha!!! Bref, c’est intéressant de voyager seule. Cela permet de faire de superbes rencontres, de forger des amitiés solides, de passer du temps à la découverte de soi, bla bla bla… Mais il faut dire que parfois, certains soirs, ça pèse de ne pas être avec quelqu’un qui nous connais comme le fond de sa poche. De ne pouvoir me blottir sous une couverture avec mon chum pour écouter un film et le critiquer parce qu’il mange trop de bonbons me fait un trou, me fait un trou, juste là. Juste de boire un verre de vin en compagnie de mes meilleurs amis qui me connaissent mieux que moi-même, à qui je n’ai besoin de rien expliquer est quelque chose qui me manque beaucoup. De rire aux larmes avec mes parents pour des raisons obscures à distance me frustre un peu. Bizarrement, c’est surtout le soir, quand j’enfile mon pyjama que j’ai le plus le mal du pays. Ma mère m’a même composé une chanson sur le sujet, chanson qui fût la cause de plusieurs fous rires entre nous sur skype! En voici quelques vers :
Homesick pyjamas,
I'm tired of eating bananas,
Africa is pretty but,
I am always so sweaty.
I like to wear a Boubou,
But tuques and wool socks
Are okay with me too,
Can't wait to go back to Canada
To see my Dad and Mama...
- Rosemarie Fischer, dans un e-mail à sa fille, 25 juillet 2012
On comprend mieux pourquoi je ricane à tout bout de champs! Hahaha! Je ne retiens pas des murs!
Ce qui est intéressant d’une expérience comme celle que je vis présentement, c’est qu’elle est très très contradictoire et assez déchirante. Autant que je peux faire tellement d’éloges sur la culture sénégalaise, sur lateranga incomparable, sur la nourriture mangée dans le même plat, sur les couleurs incroyables des habits et la gentillesse de tout le monde, autant que certaines choses simples me font être très frustrée pour les gens qui vivent ici à long terme. Par exemple, toute la maison où je vis, et particulièrement un coin de mon appartement, a toujours des dégâts d’eau quand il pleut… et il pleut presqu’à tous les jours! Il y a de longues coupures d’électricités dites pour « économiser » l’énergie par le gouvernement sénégalais…. Mais une coupure de 14h, un moment donné, ça fait!! C’est sans compter aussi les inondations qui paralysent les quartiers en périphérie de Dakar, et qui transmettent les maladies à une vitesse folle… C’est les hauts et les bas d’un pays en voie de développement. Ça me rappelle toujours pourquoi je fais développement international mais ça m’apprend aussi à choisir mes batailles…
Enfin, dans les dernières semaines, ça a été plutôt tranquille côté travail. Je révisais le plan stratégique, préparais une formation, mais c’est tout. Le ramadan a ralenti tout le pays, et mon homologue de stage était très occupé. Nous essayions d’organiser aussi ma visite dans les Maisons VAF à l’intérieur du pays, et ce fût tout un défi de rassembler les femmes et d’organiser un budget qui serait approuvé par le CECI. Les dates des visites ont changé à de nombreuses reprises, et pour simplifier le tout, mon disque dur a décidé de sauter et j’ai perdu toutes les informations dans mon ordinateur. Heureusement, j’avais envoyé le plan stratégique par courriel à plusieurs personnes, donc ce dernier n’était pas perdu, mais tout le chemin et le travail qui a mené au plan stratégique est disparu. C’est sans compter toutes mes photos de voyages, tous mes travaux universitaires, etc. Je ne pensais pas accorder autant d’importance à mes données jusqu’à ce que je les perde, bien entendu. Mais bon, «you live and learn » comme dit ma mère, et je me suis dit qu’il n’y avait pas mort d’homme, et que tant que j’aurai de la mémoire, mes souvenirs vont toujours rester, eux. Nous avons finalement pu fixer les dates de ma visite, et je pars demain à 6am pour 6 jours, loin, très loin à l’intérieur du pays, à Tambacounda (où on m’a avertie à de nombreuses reprises que j’allais avoir TRÈS chaud), et à Thiadiaye. J’ai bien hâte de vivre tout ça (un peu moins pour la chaleur, mais bon.. ça fait partie de la game!)
J’ai eu la chance de visiter Toubab Diallaw, une petite ville sur la côte de l’Atlantique où nous sommes restées à un hôtel qui se nomme Sobe Babè. C’est un endroit absolument paradisiaque, avec de belles plages et une architecture presque Gaudienne. De plus, l’Espace Sobo Badè est un endroit éco-responsable qui utilise des produits locaux et écologiques pour faire tout, de la cuisine au ménage. Leur restaurant sert de la très bonne nourriture, et il me faisait bien plaisir de lire que le poulet est local et nourri au grain, que le pain est fait de céréales locales sans pesticides, etc. Quel merveilleux week-end de relaxation, de mojitos, de plage et de cours de yoga! Ça a fait beaucoup de bien, et en plus, j’étais en très bonne compagnie, avec mes amies Maude, Élizabeth et Jamie.
Bref, j’ai hâte de revenir à la maison, retrouver mon chum, mes amis et ma famille, une température légèrement plus fraîche et une maison étanche. Mais le Sénégal m’a marquée, et je me rappellerai toujours de la chaleur des gens et de leur légendaire teranga!